L’ouverture à la concurrence ferroviaire débarque en Île-de-France. Pour notre ligne, future ligne S (RER D étoile de Corbeil) et lot commun avec la ligne R, la mise en service avec le nouvel opérateur est prévue pour 2029. Sauf que cette ligne S n’existe pas encore vraiment. Et c’est là que le bât blesse.
Le Parisien révèle que SNCF Voyageurs va exploiter la ligne J à partir de fin 2027. Un second lot remporté, un calendrier qui s’accélère. Pendant ce temps, notre lot ligne R/S attend dans un brouillard inquiétant. Comparaison n’est pas raison, mais elle aide à poser les bonnes questions.

La ligne J : SNCF gagne encore, et ce n’est pas une surprise.
C’est l’information de ce lundi 11 mai : selon Le Parisien, SNCF Voyageurs est le candidat pressenti pour exploiter la ligne J à partir de fin 2027. La décision doit être actée par le conseil d’administration d’Île-de-France Mobilités le 27 mai prochain. Un an après avoir remporté la ligne L, SNCF décroche donc un deuxième appel d’offres. Durée du contrat : 9 ans, plus 18 mois de pré-exploitation.
L’opérateur historique gagne sans être vraiment bousculé. On est loin de la révolution concurrentielle promise. Mais passons, ce qui nous intéresse davantage, c’est ce que ce processus augure pour notre propre lot.
Un calendrier qui s’emballe, une ligne qui n’existe pas encore.
Regroupée dans le même lot que la ligne R, l’étoile de Corbeil sera confiée à un nouvel opérateur d’ici 2029. La machine est lancée. L’appel d’offres se prépare. Les candidats s’échauffent.
IDFM le confirme : le lot lignes R et Étoile de Corbeil représente environ 5,4 millions de trains kilomètres commerciaux par an. C’est colossal. La logique retenue par IDFM pour ce regroupement est technique : ligne R et Étoile de Corbeil partagent la même flotte de Régio 2N, ce qui permet, en théorie, une maintenance unifiée. Belle rationalité industrielle. Mais cela ne répond pas à notre question centrale.
L’appel d’offres : une boîte noire déterminante.
La vraie question, celle qui nous tient éveillés, c’est la rédaction de cet appel d’offres. Comment sera-t-il formulé ? Intégrera-t-il les sillons demandés par le collectif pour la ligne S en grand ? Sera-t-il suffisamment contraignant pour que le futur opérateur ne puisse pas faire l’impasse sur les dessertes que nous réclamons depuis des années ?
Ce que prévoit l’appel d’offres : chaque opérateur devra exploiter la ligne, entretenir et gérer le matériel roulant, gérer les installations attenantes, assurer la sûreté à bord et informer les voyageurs. Un cahier des charges ambitieux — à condition qu’il intègre les sillons que nous demandons.
Île-de-France Mobilités (IDFM) promet que ce nouvel environnement concurrentiel doit permettre d’« atteindre une performance industrielle dans la production de service de haute qualité » et une « optimisation du rapport qualité/prix ». Des formules rondes, des horizons prometteurs. Mais les usagers du RER D connaissent trop bien le décalage entre les discours et le quotidien.
« Le mal ce n’est pas de ne pas tenir ses promesses : c’est d’abord d’avoir fait des promesses impossibles à tenir. »
— Claude Roy
Ce que le cas de la ligne J révèle, et ce qu’il cache.
Pour notre lot, la situation est différente et potentiellement plus dangereuse. Un opérateur tiers, Keolis, Transdev ou autre, pourrait très bien emporter le marché sur la base d’un cahier des charges a minima, sans que la ligne S en grand y soit inscrite. Et une fois le contrat signé pour 9 ans, il sera trop tard pour rectifier le tir.
Nos craintes : une usine à gaz sur rails.
Soyons francs : nous ne sommes ni rassurés ni optimistes. La privatisation ne va pas, d’un coup de baguette magique, effacer les défauts structurels d’exploitation de la ligne.
Ce qui nous inquiète concrètement.
· L’entretien du matériel roulant, déjà source de galères, risque de devenir une usine à gaz entre SNCF, le nouvel opérateur et les différentes autorités.
. Le personnel (conducteurs…) et leurs conditions de travail.
· La communication quotidienne vers les usagers — déjà largement défaillante — pourrait s’aggraver dans un contexte de transition et de responsabilités partagées.
· Et surtout : si les sillons de la ligne S ne sont pas inscrits dès le départ dans le contrat, ils n’existeront tout simplement pas.
Ce que nous demandons.
Notre association RER D Val de Seine n’est pas contre le changement. Mais nous refusons d’être spectateurs d’un processus qui engage l’avenir de nos transports pour des années. Nous demandons que l’appel d’offres soit rédigé de manière transparente et co-construite avec les représentants des usagers. Nous exigeons que les sillons demandés pour la ligne S y soient intégrés, et non laissés à la discrétion du futur opérateur.
La concurrence peut être une chance. A condition qu’elle serve les voyageurs, pas seulement les équilibres comptables d’IDFM ou les ambitions des candidats à l’exploitation.
Nous continuerons à surveiller, à interpeller, à mobiliser. Parce que nos trains, c’est notre quotidien. Et le quotidien mérite mieux que des promesses en service non garanti.
